Bébé à bord d’une voiture autonome.

Avez-vous déjà pensé à votre prochain autocollant de voiture ?

Commençons par souligner l’évidence : les véhicules autonomes seront prochainement une réalité. Il reste encore beaucoup de questions à régler, autant au niveau technologique que social, mais le potentiel économique de l’automatisation des transports nous confirme que de nombreuses équipes travaillent activement à transformer nos routes. On estime que l’industrie pourrait ajouter 7 trilliards à l’économie globale dans les prochaines décennies, tout en sauvant des milliers de vies. Plusieurs acteurs de l’économie actuelle devront bien sûr s’adapter face à cette transformation, au risque de disparaître. Mais ce n’est là rien pour ralentir l’évolution.

La course, lancée par l’agence du département de la Défense des États-Unis en 2009, compte maintenant les Ford, General Motors, Nissan, Tesla, Mercedes et Uber parmi les participants, pour ne nommer que ceux-là. Les programmes de R&D financés à coups de milliards affluent dans le marché à un rythme impressionnant. Alors on se demande : quand pourrons-nous enfin regarder un film sans poser l’oeil sur la route ? Pour ça, il faudra répondre à des questions très sensibles…

Il faut comprendre que tous les projets de voitures autonomes ne proposent pas le même niveau d’autonomie. Deux échelles (américaine et européenne) ont donc été créées pour illustrer les différences. Prenons en exemple l’échelle européenne à 5 paliers.

Voiture autonome de Niveau 1 : Le conducteur assisté

Dans ce niveau, l’ordinateur de bord peut gérer la vitesse ou la direction. Le conducteur gardant la main sur l’autre fonction, et le contrôle total du véhicule. Exemple : Le régulateur de vitesse adaptatif.

Voiture autonome de Niveau 2 : Automatisation partielle, le conducteur superviseur.

À ce niveau, la voiture peut prendre le contrôle de la vitesse ET de la direction. Exemple : le stationnement assisté.

Voiture autonome de Niveau 3 : Automatisation conditionnée

Dans cette catégorie, le conducteur délègue totalement la conduite dans des situations pré-définies. Exemple : la fonction “embouteillage” du XC90 Volvo.

Voiture autonome de Niveau 4 : Plus de conducteur dans certaines situations

Dans un contexte limité, et une situation pré-définie, la voiture est capable de se déplacer sans son propriétaire. Exemple : une voiture capable de se stationner de manière autonome.

Voiture autonome de Niveau 5 : Plus de conducteur, la voiture totalement autonome

La voiture est capable de conduire dans toutes les situations.
Que vous soyez au volant ou non n’a aucune incidence.

Il n’y a donc que le niveau maximal d’autonomie qui implique que vous soyez à bord d’un véhicule sans jamais avoir à prendre de décision ou assurer un contrôle. Mais c’est ce niveau qui est le plus intéressant pour plusieurs raisons. J’aimerais ici qu’on se concentre sur la dimension morale, et plus précisément sur une question anodine à première vue, mais qui porte à réflechir.

C’est ce qui nous mène au…

Bébé à bord

Au moment de sa mise en marché (1984) , l’autocollant de voiture “Bébé à bord” s’attaquait à un problème réel : les accidents de voiture représentaient la première cause de mortalité infantiles aux États-Unis. L’idée est plutôt simple : en indiquant qu’une voiture contient un enfant, nous pensons que les autres conducteurs seront plus prudents autour du véhicule. Également, dans une situation d’accident, l’enseigne pourrait guider les équipes d’urgence à se concentrer premièrement sur le véhicule contenant un enfant. Le concept s’est même étendu plus loin lorsqu’en 2005, Transport for London a débuté la mise en marché de badges Baby on Board pour les usagers du transport en commun durant leur grossesse.

Pas de doute, l’enseigne donne confiance aux parents, au point où 46% d’entre eux ont avoué l’utiliser en tout temps pour leur protection, qu’un enfant soit à bord du véhicule ou non.

Mais peut-on vraiment augmenter la prudence des autres conducteurs en précisant qui siège dans la voiture ? Sommes-nous imprudents parce que nous ne valorisons pas suffisamment les autres usagers de la route ? Un autocollant doit-il vraiment guider des décisions en situation d’accident ? Et que ce passe-t-il quand il n’y a plus d’humain derrière le volant pour lire l’autocollant ?

…de retour aux voitures autonomes…

Malgré tous les efforts consacrés au développement de l’automatisation du transport, il est certain que le système ne sera pas parfait. Il y aura des imprévus et des accidents. Mais dans un véhicule autonome de Niveau 5, ce n’est pas vous qui gèrerai la situation. Imaginez une situation où une collision est inévitable.

Option 1 : Donnez un coup de volant brusque et envoyer la voiture à toute vitesse contre un arbre, vous tuant probablement du même coup.

Option 2 : Envoyez la voiture dans l’autre direction pour vous sauver la vie mais frapper un piéton violemment.

Option 3 : Choisir de frapper un autobus scolaire de plein fouet, prenant la chance que la carrosserie du véhicule épargne les passagers.

Vous comprenez le jeu…

Même si on veut éviter la question, elle demeure : Qui mérite d’éviter la collision ? Et qui décide de la valeur de tous les éléments en cause ?Plusieurs pensent que les codes de conduite devraient être établis d’avance par des instances gouvernementales, mais d’autres doutent que des règles pré-établies puissent vraiment fonctionner à tous coups.

Dans l’éventualité où les codes sont établis d’avance, devrions-nous donner une valeur égale à tout le monde, ou protéger les enfants par exemple ? Dans un cas extrême, un conducteur pourrait donc voir sa propre voiture le conduire vers une mort certaine en accidentant du même coup un autre automobiliste adulte pour sauver un enfant, même si ce n’est pas à première vue l’option la plus simple. Pour s’appliquer, ces règles établies devront donc inévitablement établir des valeurs à tous les éléments potentiellement impliqués dans un accident. Et nous sommes rarement en paix avec le fait d’être notés…

À chacun sa valeur

Les questions deviennent encore plus intéressantes dans un scénario où une valeur est en effet donnée à chaque passager. Présence d’un enfant à bord, âge et état de santé des passagers et niveau de faute dans l’accident ne sont que quelques exemples de facteurs qui pourraient être pris en compte pour établir les valeurs. Si l’algorithme de Tinder a fait couler beaucoup d’encre parce qu’il plaçait les utilisateurs en classes, imaginez maintenant découvrir que votre profil de conducteur fait de vous une victime potentielle dans la majorité des cas d’accidents. Que feriez-vous ?

Et là sont les questions sur lesquelles je veux vous laisser :

Seriez-vous capable de laisser complètement le contrôle à l’intelligence artificielle ? Chercheriez-vous une manière de modifier votre profil pour augmenter vos chances de survie ?

Feriez-vous partie des 46% qui mentirait au système en plaçant un QR code “Bébé à Bord” sur le pare-choc de votre nouvelle Tesla sport ?

Creative director — Associate at Orkestra. Collecting solidly articulated, relevant ideas with tangible implications, and trying to join in. | www.orkestra.ca

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